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© Nanabozho (le Grand Lapin)

 Kutadanta Sutta

(Digha Nikaya 5
; extrait)
Les questions de Kutadanta


Voici une excellente discussion entre Kutadanta (un chef brahmane) et le Bouddha sur la nature de l'identité, la causalité et la renaissance.     Elle est inhabituellement intelligente et profonde.

Tiré de The Gospel of the Bouddha, compilé par Paul Carus.


 

Kutadanta: On me dit que vous êtes le Bouddha, le Saint Homme, l'Omniscient, le Seigneur du Monde. Mais si vous étiez le Bouddha, ne viendriez-vous point comme un roi, dans toute votre gloire et votre puissance?

Le Bouddha: Vos yeux vous font défaut. Si l'oeil de votre esprit était ouvert, vous pourriez voir la gloire et la puissance de la vérité.

Kutadanta: Montrez-moi la vérité et nous la verrons. Mais votre doctrine est incohérente. Car sinon, elle se tiendrait; comme ce n'est pas le cas, elle passera.

Le Bouddha: Jamais la vérité ne passera.

Kutadanta: On me dit que vous enseignez la loi, et pourtant vous jetez à bas la religion. Vos disciples méprisent les rites et abandonnent les immolations, mais la révérence pour les dieux ne peut être montrée qu'au travers des sacrifices. La nature même de lareligion consiste en cérémonies cultuelles et en sacrifices.

Le Bouddha: Plus grand que l'immolation des béliers est celui du Soi. Celui qui offre aux dieux ses mauvais décher monsieurs verra l'inutilité d'abattre des animaux à l'autel. Le sang n'a aucun pouvoir de purification, mais l'éradication du décher monsieur fera le coeur pur. Mieux que de vénérer des dieux vaut l'obéissance aux lois de la droiture.

Kutadanta: Vous croyez que les êtres renaissent, qu'ils migrent dans l'évolution de la vie, et que, sujets à la loi du karma, nous devons récolter ce que nous semons. Et pourtant, vous enseignez la non-existence de l'âme!  Vos disciples font l'éloge de l'auto-extinction absolue comme étant la plus haute félicité du Nirvâna. Si je ne suis qu'une combinaison des sankharas, mon existence prendra fin avec ma mort. Si je ne suis qu'un composé de sensations, d'idées et de décher monsieurs, où aller à la dissolution du corps?

Le Bouddha: O brâhmanee, vous êtes pieux et sincère. Vous vous préoccupez sérieusement de votre âme. Et pourtant, vos efforts sont vains car il vous manque la seule chose qui soit nécessaire.

Il y a renaissance du caractère
Mais pas de transmigration d'un Soi.
Vos pensées-formes réapparaîssent
Mais pas de transfert d'une entité ego.
La stance prononcée par un maître
Renaît dans l'élève qui la répète.

Ce n'est que par l'ignorance et l'illusion que les hommes s'attardent dans le rêve où leurs âmes sont des entités séparées et existant par elles-mêmes. Votre coeur, o brâhmane, s'accroche toujours à [la notion de] soi. Vous êtes anxieux à propos du paradis et ne pouvoz donc voir la béatitude et l'immortalité de la vérité

Je ne suis pas venu enseigner la mort mais la vie, et vous ne discernez pas la nature de la vie et de la mort. Ce corps sera dissous et aucune quantité de sacrifices ne pourra le sauver. Cherchez donc la vie qui est celle de l'esprit. Là où se trouve le soi, la vérité ne peut y être; quand vient la vérité, le soi disparaît. Laissez donc votre esprit se reposer dans la vérité; propagez cette dernière et mettez-y toute votre volonté, qu'elle se répande. Dans la vérité vous vivrez à jamais.

Le soi est la mort et la vérité est vie.
S'attacher au soi est une mort perpétuelle,
alors que se déplacer dans la vérité
c'est partager le Nirvana
qui est vie éternelle.

Kutadanta: O vénérable maître, où est le Nirvana? 

Le Bouddha: Le Nirvana se trouve partout où on respecte les préceptes.

Kutadanta: Si je vous comprends bien, le Nirvana n'est pas un endroit,
et n'étant nulle part, est sans réalité? 

Le Bouddha:  Vous ne me comprenez pas bien. Ecoutez-moi donc, et répondez à mes questions:
Où demeure le vent? 

Kutadanta: Nulle part.

Le Bouddha: En ce cas, cher monsieur, le vent n'existe pas!

Kutadanta: (silence)

Le Bouddha:  Répondez-moi, O brâhmane, où demeure la sagesse?
La sagesse est-elle un lieu? 

Kutadanta: La sagesse n'a pas de demeure établie.

Le Bouddha: Voulez-vous dire qu'il n'existe ni sagesse, ni éveil, ni droiture, ni salvation parce que le Nirvâna n'est pas un lieu ? 

Comme un grand vent puissant
qui passe sur le monde
au moment le plus brûlant,
le Tathagata vient souffler
sur l'esprit de l'humanité
l'haleine de sa bienveillance,
si fraîche, si douce, si calme, si délicate;
qu"elle soulage ceux que la fièvre tourmente
et ils se réjouissent de cette brise rafraîchissante. 

Kutadanta: Je sens, monseigneur, que vous proclamez une grande doctrine, mais je ne puis la saisir. Permettez que je redemande: dites-moi, monseigneur, s'il n'y a pas d'atman, comment peut-il y avoir immortalité? L'activité de l'esprit passe et nos pensées s'en vont lorsque nous avons fini de penser.

Le Bouddha:  Notre pensée se termine, mais nos pensées continuent. Le raisonnement cesse, mais la connaissance demeure.

Kutadanta: Comment cela?  Le raisonnement et la connaissance ne sont-ils pas la même chose? 

Le Bouddha:  C'est comme quand un homme, au cours de la nuit, veut envoyer une lettre et qu'après avoir appelé le scribe, fait allumer une lampe et écrire la lettre. Puis, une fois que c'est fait, il éteint la lampe. Mais quoique la tâche d'écrire soit terminée et que la lampe ait été éteinte, la lettre est toujours là. De même, le raisonnement cesse et la connaissance demeure; et de même, l'activité mentale cesse, mais l'expérience, la sagesse et tous les fruits de nos actes demeurent.

Kutadanta: Dites-moi, monseigneur, je vous prie, où se trouve l'identité de mon Moi si les sankharas sont dissous? Si mes pensées se propagent et que mon âme migre, mes pensées cessent d'être mes pensées et mon âme cesse d'être mon âme. Donnez-moi une illustration, monseigneur, dites-moi où se trouve l'identité de mon Moi?

Le Bouddha: Supposons qu'un homme allume une lampe, brûlerait-elle toute la nuit?

Kutadanta: Oui, cela se pourrait.

Le Bouddha: Donc, est-ce la même flamme qui brûle au cours de la première veille qu'au cours de la seconde?

Kutadanta:  (hésite)  Non, ce n'est pas la même.

Le Bouddha: Y a-t-il donc plus d'une flamme, une au cours de la première veille et l'autre au cours de la seconde? 

Kutadanta: Non, cher monsieur.  D'une certaine manière, ce n'est pas la même flamme, mais d'une autre manière, c'est la même. Elle brûle la même huile, elle émet la même lumière et sert le même usage. 

Le Bouddha: Très bien. Et diriez-vous de ces flammes que ce sont les mêmes qui brûlaient hier et brûlent maintenant dans la même lampe, remplie de la même huile, éclairant la même pièce?

Kutadanta: Elles pourraient avoir été éteintes au cours de la journée.

Le Bouddha: Supposons que la flamme de la première veille ait été éteinte au cours de la seconde veille, diriez-vous que c'est la même si elle brûle à nouveau au cours de la troisième veille?

Kutadanta: D'une certaine manière c'est une flamme différente, et d'une autre manière ce ne l'est pas. 

Le Bouddha: Le temps qui s'est écoulé pendant qu'était éteinte la flamme a-t-il quelque chose à voir avec l'identité ou la non-identité?

Kutadanta:  Non, cher monsieur, il n'a rien à voir. Il y a une différence et une identité, que plusieurs années soient passées ou une seule seconde, et aussi que la lampe ait été éteinte entretemps ou pas.
 

Le Bouddha: Bien. Nous sommes donc d'accord sur le fait que la flamme d'aujourd'hui est d'une certaine manière la même que celle d'hier, et que d'une autre manière elle est différente à tout moment. Que de plus, les flammes du même type, éclairant d'une puissance égale la même sorte de pièce sont d'une certaine manière les mêmes. 

Kutadanta: Oui, cher monsieur.  

Le Bouddha: Supposons donc qu'il y ait un homme qui, comme vous-même, pense comme vous et agit comme vous. N'est-il pas le même homme que vous? 

Kutadanta: Non, cher monsieur. 

Le Bouddha: Nierez-vous que la logique qui vaut pour vous vaut aussi pour les choses du monde? 

Kutadanta: (hésite) Non, Je ne le nie pas. La même logique vaut universellement; mais il y a une particularité de mon Moi qui le rend totalement différent de tout le reste et aussi des autres Soi. Même s'il y avait un autre homme qui se sentirait exactement comme moi, penserait comme moi et agirait comme moi, même s'il avait le même nom et le même genre de possessions, il ne serait pas moi.

Le Bouddha: Exact, Kutadanta, Il ne serait pas vous. Mais dites-moi, est-ce que la personne qui va à l'école est la même quand elle a fini sa scolarité?  En est-ce un qui commet un crime, et un autre qu'on punit en lui coupant les mains et les pieds? 

Kutadanta: Ils sont le même.

Le Bouddha: L'identité ne serait donc constituée que par la continuité?

Kutadanta: Non seulement par la continuité, mais aussi et principalement par l'identité du caractère. 

Le Bouddha: Très bien. Nous sommes donc d'accord sur le fait que des personnes peuvent être les mêmes dans le même sens que deux flammes de la même sorte sont dites être la même;  et il vous faut reconnaître que dans ce sens, un autre homme du même caractère et produit du même karma serait le même que vous. 

Kutadanta: Bien, oui.

Le Bouddha: Et que c'est seulement dans ce même sens que vous êtes le même aujourd'hui qu'hier.  Votre nature n'est pas constituée par la matière de votre corps mais par vos sankharas, les formes du corps, des sensations et des pensées. Votre personne est la combinaison de ces sankharas.
Où que vous soyez, ils sont.
Où que vous alliez, ils vont.
Vous admettrez donc d'une certaine manière une identité de votre moi, et d'une autre manière une différence. Mais celui qui ne reconnaît pas l'identité doit nier toute identité, et doit dire que l'interrogateur n'est plus la même personne que celui qui, une minute plus tard, reçoit la réponse.
Considérons maintenant la continuation de votre personnalité qui est préservée dans votre karma. Appelez-vous cela mort et annihilation, ou vie et vie continue? 

Kutadanta: J'appelle cela vie et vie continue, car c'est la continuation de mon existence.  Mais je n'ai aucun égard pour ce genre de continuation. Tout ce qui m'importe, c'est la continuation du soi dans l'autre sens -- celui qui fait de tout homme, qu'il soit identique avec moi ou pas, une personne totalement différente. 

Le Bouddha: Trsè bien.  C'est ce que vous désirez et cela, c'est l'attachement au soi. Telle est votre erreur. Toutes choses composées sont transitoires: elles croissent et passent. Toutes choses composées sont sujettes à souffrance: elles seront séparées de ce qu'elles aiment et jointes à ce qu'elles abhorrent. Toutes choses composées sont sans soi, sans atman, sans ego.

Kutadanta: Comment cela?

Le Bouddha: Où est votre soi?

Kutadanta:  (silence)

Le Bouddha: Votre soi auquel vous êtes si attaché est en constante mutation. Il y a des années, vous étiez un petit bébé; puis vous futes un gamin, puis un adolescent et enfin vous voici un homme. Y a-t-il une identité entre le bébé et l'homme?  Il n'y a identité que d'une certaine manière. Certes, il y a plus d'identité entre les flammes
de la première veille et celles de la troisième, même si la lampe a été éteinte lors de la seconde veille. Donc, quel est votre vrai soi dont vous revendiquez la préservation, celui d'hier, celui d'aujourd'hui ou celui de demain?

Kutadanta: Je vois mon erreur, mais je reste confus. 

Le Bouddha: C'est par un procès d'évolution que viennent à être les sankharas. Aucun sankhara n'est jamais venu à être sans un devenir graduel. Vos sankharas sont le produit de vos actes au cours de vos existences précédentes. La combinaison de vos sankharas constitue votre soi. Là où ils feront impression, là migrera votre soi.
Au travers de vos sankharas vous continuerez à vivre; vous récolterez au cours d'existences futures ce que vous aurez semé dans le passé.

Kutadanta: En vérité, monseigneur, ce n'est pas là une juste rétribution. Je ne vois pas quelle justice il y aurait à ce que d'autres que moi récoltent ce que je sème maintenant.

Le Bouddha:Tous mes enseignements sont-ils vains?  Ne comprenez-vous pas que ces autres ne sont autres que vous-même? C'est vous-même qui récolterez ce que vous semez, personne d'autre.

Imaginez un homme mal né, indigent, souffrant de la misère de sa condition. Jeune il fut indolent et paresseux, en grandissant il n'a pas appris de métier pour gagner sa vie. Diriez-vous que sa misère n'est pas le produit de ses propres actions, parce que l'adulte n'est plus la même personne que l'était le garçon?

C'est ainsi que je vous dis:
Ni aux paradis ni au sein de la mer,
ni en vous cachant dans les ravins des montagnes,
ne pourrez-vous échapper au fruit de vos méfaits. 

En même temps, vous êtes sûr de recevoir les bénéfices de vos bonnes actions. 

L'homme qui a longtemps voyagé et rentre chez dans la sûreté de son foyer, s'attend à être bien reçu de ses parents, de ses amis et de ses connaissances. De même, les fruits de ses bonnes oeuvres lui offre la bienvenue, à celui qui a parcouru le chemin de la droiture, lorsqu'il passe de cette vie à la suivante.

Kutadanta: J'ai foi dans la gloire et l'excellence de vos doctrines. Mon oeil ne pourtant pas encore en supporter la lumière; mais je puis comprendre qu'il n'y a pas de soi, la lumière s'en fait en moi. Les sacrifices ne peuvent sauver, les invocations sont des paroles oiseuses. Mais comment trouverai-je le chemin de la vie éternelle. Je connais tous les Védas par coeur, mais n'ai pas trouvé la vérité.

Le Bouddha: Apprendre est une bonne chose; mais c'est inutile ici. La vraie sagesse ne peut s'apprendre que par la pratique. Pratiquez la vérité que votre frère est le même que ovus. Marchez dans le noble sentier de la droiture et vous comprendrez que s'il y a la mort dans le soi, il y a l'immortalité dans la vérité.

Kutadanta:  Permettez moi de prendre refuge dans le Béni du Ciel, dans le Dharma, dans le Sangha. Acceptez-moi pour disciple, laissez-moi partager la béatitude de l'immortalité.



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