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Shôbôgenzô Bendôwa cinquième partie
(Retour à la quatrième partie)


Il y a longtemps, il y eut un moine appelé le Prieur Soku [90] dans l'ordre du maître zen Hôgen [91]. Le maître Hôgen lui demande: "Prieur Soku, depuis combien de temps êtes-vous dans mon ordre,"

Soku répond: "Je sers dans l'ordre du maître depuis déjà trois ans.

Le maître zen dit: "Vous êtes un membre récent dans mon ordre, pourquoi ne vous êtes jamais enquis du Bouddha-Dharma
auprès de moi?"

Soku dit: "Je ne dois pas vous tromper, maître. Avant, lorsque j'étais dans l'ordre du maître zen Seiho, j'ai réalisé l'état de paix et de joie dans le Bouddha-Dharma."

Le maître zen dit: "En fonction de quels mots avez-vous pu entrer?"

Soku dit: "Une fois, j'ai demandé à Seiho: Qu'est-donc au juste l'étudiant qui est Je?
[92] Seiho a répondu: Les enfants de feu viennent chercher du feu  [93]."

Hôgen dit: "Jolis mots. Mais je crains que vous n'ayez pas compris."

Soku dit: "Les enfants de feu appartiennent au feu. J'ai [donc] compris que le fait qu'ils soient de feu et qu'ils cherchent pourtant du feu rerpésentait le fait que je suis moi tout en me cherchant moi-même."

Le maître zen dit: "Là, je suis sûr que vous n'avez pas compris. Si le Bouddha-Dharma était comme cela, il n'aurait jamais pu être transmis jusqu'à nous."

Ce sur quoi Soku se trouva dans l'embarras et la gêne, et il se leva [pour partir]. [Mais] en chemin, il se dit: "Le maître zen est [respecté] à travers tout le pays [comme étant] un bon conseiller, et il est un grand maître qui guide cinq-cents personnes. Il doit donc y avoir du mérite à sa critique de mon erreur."

[Soku] retourne donc voir le maître zen pour se confesser et se prosterner [devant lui] pour s'excuser. Ensuite, il demande: "Qu'est-donc au juste l'étudiant qui est Je?"

Le maître zen dit: "Les enfants de feu viennent chercher du feu."

A ces mots, Soku réalisa grandement le Bouddha-Dharma.

Il est clair que le Bouddha-Dharma n'est jamais connu sous l'entendement que nous-mêmes ne sommes que bouddha. Si l'entendement intellectuel à l'effet que nous-mêmes ne sommes que bouddha était le Bouddha-Dharma, le maître zen n'aurait jamùais pu guider [Soku] en utilisant les paroles de l'autre, et il n'aurait pas admonesté [Soku] comme il le fit. Seulement et directement, dès notre première rencontre avec un bon conseiller, nous devrions nous enquérir des normes de la pratique, et poursuivre obstinément la vérité en nous asseyant en zazen, sans permettre à une seule reconnaissance ou à une demi-compréhension de demeurer en nos esprits. Alors la subtile méthode du Bouddha-Dharma n'aura pas été [pratiquée] en vain.

[61]    [Quelqu'un] demande: "Lorsque nous entendons parler de l'Inde et de la Chine du passé et du présent, il y a ceux qui réalisèrent l'état de vérité en entendant le son d'un bambou, ou qui ont clarifié l'esprit en  voyant la couleur des fleurs [94]. De plus, le grand enseignant Çâkyamuni a fait l'expérience de la vérité en voyant un étoile brillante, le vénérable Ananda [95] a réalisé le Dharma lorsqu'un mat à drapeau du temple est tombé, et ce n'est pas tout: parmi les cinq lignées qui suivent le Sixième Patriarche [96], nombreux sont ceux qui ont clarifié l'état mental sous l'influence d'un seul mot ou d'un demi-verset. Avaient-ils tous, sans exception, poursuivi la vérité en s'asseyant en zazen?"

Je dis: Il nous faut savoir que ces gens du passé et du présent qui ont clarifié l'esprit en voyant des formes et qui ont réalisé la vérité en entendant des sons étaient tous exempts du moindre doute dans leur quête de vérité, et juste au moment présent, il n'y avait pas de seconde personne.

[62]    [Quelqu'un] demande: "En Inde eet en Chine, les gens sont dès l'origine non-affectés et droits. C'est d'être au centre du monde civilisé qui les fait ainsi. Par conséquent, quand on leur enseigne le Bouddha-Dharma, ils comprennent et entrent très vite. Dans notre pays, depuis les temps anciens, les gens ont eu peu de bienveillance et de sagesse et il nous est difficile d'accumuler les semences de la droiture. C'est d'être les sauvages et les barbares [97] [du sud-est] qui nous fait ainsi. Comment ne pas le regretter? Qui plus est, les gens qui ont quitté le domicile dans ce pays sont inférieurs même aux laïcs de ces grandes nations; c'est toute notre société qui est stupide, et nos esprits étroits et petits. Nous sommes profondément attachés aux résultats de l'effort intentionnel, et nous aimons ce qui est superficiel. Des gens pareils peuvent-ils s'attendre à faire l'expérience du Bouddha-Dharma directement, même en s'asseyant en zazen?"

Je dis: Comme vous dites, les gens de ce paysne sont pas encore universellement bienveillants et sages, et certains sont même tordus. Même si nous leur prêchions le Dharma correct et droit, ils transformeraient le nectar en poison. Ils tendent aisément vers la gloire et le profit, et il leur est dur de dissoudre leurs illusions et leurs attachements. D'un autre côté, pour faire l'expérience et entrer dans le Bouddha-Dharma, on n'a pas toujours besoin d'utiliser la sagesse mondaine  des êtres humains et des dieux en tant que récipient pour la transcendance du monde [98]. Lorsque le Bouddha était dans [le] monde, [un vieux moine] fit l'expérience du quatrième effet [lorsqu'il fut frappé] par une balle [99], et [une prostituée] clarifia le grand état de vérité après avoir revêtu un kasaya [100]; tous deux étaient des personnes obtuses, des créatures stupides et idiotes. Mais aidées par une foi juste, ils eurent les moyens d'échapper à leurs illusions. Dans un autre cas, une dévote en train de préparer le repas de midi découvrit l'état de réalisation en voyant un vieux bhiksu stupide [101] assis en silence. Cela ne dérivait pas de sa sagesse, ni d'écrits, de mots ou de discours; elle ne fut aidée que par sa juste croyance. De plus, ce n'est que depuis quelque deux-mille et quelques années que les enseignements de Çâkyamuni se sont répandus à travers les trois-mille mondes. Les pays sont de plusieurs sortes; toutes ne sont pas des nations de bienveillance et de sagesse. Comment tous les peuples, de plus, pourraient-ils posséder l'intelligence et la sagesse, l'acuité [de l'ouïe] et le clarté [de l'oeil]? Mais le Dharma correct du Tathâgata est dès l'origine pourvu d'une impensablement grande vertu et grand pouvoir, et donc, quand le temps arrivera, il se répandra dans ces pays. Lorsque les gens ne font que pratiquer dans la croyance juste, les malins comme les stupides accèdent à la vérité. Juste parce que notre nation n'en est pas une de bienveillance et de sagesse et que les gens ne sont pas très fins, ne signifie pas qu'il nous soit impossible de saisir le Bouddha-Dharma. Mieux encore, tous les êtres humains disposent des bonnes semences de prajña en abondance. Il est simplement possible que peu d'entre nous aient directement fait l'expérience de l'état, ce qui serait la raison pour laquelle nous sommes immatures à le recevoir et à s'en servir.

[65]     Les questions et réponses qui précèdent sont allées et venues, et l'alternance entre public et conférencier fut désordonnée. Combien de fois ai-je été la cause qu'existent des fleurs dans l'espace sans fleurs? [102] D'autre part, le principe fondamental de rechercher la vérité en s'asseyant en zazen n'avait jamais été transmis dans ce pays; quiconque aurait espéré le connaître aurait été déçu. C'est pourquoi j'entends rassembler les quelques expériences que j'ai faites à l'étranger et consigner les secrets d'un maître éveillé [103], pour que tout pratiquant qui en aurait le désir puisse les entendre. de surcroît, il y a des normes et des conventions pour les monastères et les temples, mais je n'ai pas le temps de les enseigner maintenant, et il ne faut pas [les enseigner] dans la précipitation.

[66]     En général, il a été très heureux pour notre pays que, même situés à l'est de la Mer du Dragon et séparés par des nuages et du brouillard, à partir environ des règnes de Kinmei [104] et de Homei [105], le Bouddha-Dharma de l'Ouest se soit répandu vers nous, à l'est. Cependant, la confusion s'est multipliée sur les concepts et les formes et les faits et circonstances, dérangeant ainsi la situation de la pratique. Maintenant, comme nous nous arrangeons avec des robes rapiécées et des bols recollés, liant de la paille pour pouvoir nous asseoir et nous entraînant auprès des falaises bleues et des rochers blancs, l'affaire de l'état ascendant de bouddha devient immédiatement apparent et nous maîtrisons rapidement  la grande affaire d'une vie de pratique. Cela n'est que le décret de [la montagne de] Ryuge [106] et le legs du [mont] Kukkutapâda [107]. Les formes et les normes pour s'asseoir en zazen peuvent être pratiquées en suivant le Fukan-zazengi que j'ai compilé à l'ère Karoku [108].

[68]     Maintenant, en répandant l'enseignement du Bouddha à travers toute une nation, nous devrions, d'une part, attendre le décret royal, mais d'autre part, lorsqu'on se rappelle l'héritage du Pic du Vautour, les rois, nobles, ministres et généraux maintenant manifestés dans des centaines de milliers de kotis de royaumes ont tous accepté avec gratitude le décret du Bouddha et, sans oublier le but originel de leurs vies précédentes de garder et de maintenir l'enseignement du Bouddha, ils sont nés. [Au sein] des frontières de l'étendue de cet enseignement, quel lieu pourrait bien ne pas être une terre de Bouddha? C'est pourquoi, lorsque nous voulons disséminer la vérité des patriarches bouddhistes, il n'est pas toujours nécessaire de choisir un endroit [particulier] ou d'attendre pour des circonstances [favorables]. Nous contenterons-nous aujourd'hui de nous considérer comme le point de départ? C'est pourquoi j'ai assemblé ceci et je le laisserai pour les sages maîtres qui aspirent au Bouddha-Dharma et pour le courant sincère des pratiquants qui souhaitent, comme des nuages errants ou des herbes aquatiques éphémères, explorer l'état de vérité.


Shôbôgenzô Bendôwa

Jour de la mi-automne, [dans la troisième année de] Kanki. [109]
Ecrit par le çramana [110] Dôgen, qui alla en [Chine] Song et reçut la transmission du Dharma.

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Notes:

90- SOKUKO-KAN-IN. SOKU est le nom du moine. KO est un honorifique utilisé pour les prêtres comme pour les laïcs, équivalent approximatif du san  en japonais moderne. KAN-IN ou KAN-SU est l'un des six postes principaux au sommet de la hiérarchie d'un grand temple.  [retour]
91- Maître Hôgen Bun-eki (885-958), successeur de maître Rakan Keishin et fondateur de l'école Hôgen, aujourd'hui éteinte. [retour]
92- GAKUNIN no JIKO. GAKUNIN, étudiant, est utilisé par un étudiant pour parler de lui-même. JIKO signifie "soi-même". La question de Soku était donc "Que suis-je?"   [retour]
93- BYODO-DOJI. BYO ou HEI est le troisième signe du calendrier, lu en prononciation japonaise comme hinoe ou "grand frère de feu". JO ou TEI est le quatrième signe du calendrier, lu en japonais hinoto  ou "petit frère de feu". Ces mots, "les enfants de feu viennent chercher du feu" suggèrent un effort réel de la part d'un pratiquant pour poursuivre ce qui est déjà là. DOJI signifie enfant. [retour]
94- Ces exemples de maîtres bouddhistes qui réalisent la vérité sont rapportés en détail dans le chapitre Keisei-sanshiki du Shôbôgenzô.  [retour]
95- Maître Ananda était le second patriarche en Inde -- le successeur de maître Mhâkâçyapa. [retour]
96- Maître Daikan Eno. [retour]
97- BAN-I. Au centre de la civilisation, la Chine supposait l'existence de quatre groupes de barbares autour d'elle. Ceux-ci comprenaient les NANBAN, les sauvages du sud, et les TO-I, les barbares de l'est. Les mots "sauvages et barbares" suggèrent donc les peuples qui vivent au sud et à l'est de la Chine, y-compris les Japonais. [retour]
98- On peut interpréter SHUSSE par soit "transcender le monde séculier", soit par "se manifester dans le monde". Dans ce dernier usage, les mots signifient généralement devenir le maître d'un grand temple. [retour]
99- Un jeune moine voulut faire une blague à un vieux moine stupide qui vivait dans l'ordre du Bouddha. Il conduisit donc le moine dans une pièce sombre et le frappa avec une balle, en lui disant: "Vous venez d'avoir le premier effet." Il le frappa une seconde fois en disant
: "Vous venez d'avoir le second effet." Puis il le frappa une troisième fois en disant: "Vous venez d'avoir le troisième effet." Finalement, il le frappa une dernière fois et dit: "Vous venez d'avoir le quatrième effet." Mais étrangement, lorsque le vieux moine ressortit de la pièce sombre, il avait réellement fait l'expérience du quatrième effet. SHIKA, le quatrième effet, fait référence à l'état d'arhat,  c'est-à-dire l'état ultime du bouddhisme. [retour]
100- L'histoire d'une prostituée qui revêt un kasaya (la robe bouddhique) pour plaisanter est rapportée au chapitre Kesa-Kudoku[retour]
101- Moine bouddhiste. [retour]
102- Ici KUGE, "des fleurs dans l'espace", représente des images abstraites par opposition à la réalité.  [retour]
103- Maître Tendô Nyôjô. [retour]
104- 539-571.  [retour]
105- 585-587. [retour]
106- Maître Ryuge Koton (835-923), successeur de maître Tôzan Ryôkai, vivait sur le mont Ryuge et composa plusieurs poèmes faisant l'éloge de la beauté de la nature. [retour]
107- Maître Mahâkâçyapa, successeur du Bouddha, est dit être mort sur le mont Kukkutapâda, au Magadha.   [retour]
108- L'ère Karoku va de 1225 à 1227. Maître Dögen revint au Japon à la fin de l'été 1227 et écrivit son premier jet du Fukan-zazengi (Guide universel pour la méthode standard de zazen) peu après. L'édition initiale s'appelle SHINPITSU-BON, ou "édition originale." Après révision de cette édition, maître Dôgen finit par publier le RUFU-BON, ou "édition populaire.". [retour]
109- Le quinzième jour du huitième mois lunaire, 1231. [retour] 
110- Moine. [retour]




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