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© Nanabozho (le Grand Lapin)
Mis à jour le 14 juillet 2003

 

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A quoi ça sert?

Quelqu'un m'écrivait l'autre jour en me demandant: "Comment peut-on s'exercer sans relâche jusqu'à la réussite, puisque s'exercer est la réussite! Pourquoi s'asseoir jour après jour, sans se préoccuper de l'échec apparent (et quotidien, parfois) puisque s'asseoir jour après jour se suffit à lui-même!" ceci faisant référence au dernier paragraphe de ma dernière missive (mai 2003).

J'avoue être resté un peu con, sur le coup. Comme si je m'étais laissé aller à dire une grosse bêtise, grosse comme un temple Zen en Blésois, sans m'en rendre compte. Dans un premier temps, ma mauvaise foi native m'a poussé à attribuer à mon correspondant de mauvaises intentions. Mais sa réponse subséquente à la mienne ne pouvait laisser subsister aucun doute. Il m'a donc fallu me pencher sur le problème, malgré toute ma raideur naturelle. Et qu'est-ce que ça fait mal au dos!

En fait, mon propos, dans tout cet article était d'attirer l'attention sur la nécessité de l'éthique dans le comportement éthique malheureusement absente chez trop d'enseignant prétendument bouddhiste (et pas seulement au sein des écoles dites "Zen." Et il évident que cette intervention fait dévier le propos dans un autre champ.

Il y a quelque temps, dans l'un de ses articles, un correspondant au Japon rappelait cette phrase de Kôdô Sawaki, "C'est pas pour chier qu'on mange." Désolé, je sais qu'il y a sur le Net des âmes sensibles qu'un terre-à-terre aussi odorant gêne un peu. Mais il me semble que nous y sommes pourtant bien. Il se trouve que de manger, ça implique qu'en bout de parcours, on va devoir déféquer. Et il est évident que l'on mange pour s'alimenter, mais qu'on ne peut éviter cet aspect repoussant mais inhérent à notre nature. De même, quoique s'exercer soit effectivement la réussite, il faut quand même s'exercer. Quiconque a poursuivi un jeûne (volontairement ou pas) un peu longtemps, sait que se réalimenter après ce jeûne demande des efforts, demande qu'on y aille mollo, qu'on s'exerce à mastiquer, à ingérer à nouveau. Il y a dix ans, après un accident de la route, je me suis retrouvé avec les mâchoires cousues de fil d'acier inox,qu'on resserrait à toutes les semaines, pendant un mois. Lorsqu'on m'a libéré, j'étais bien heureux de pouvoir ouvrir les mâchoires, mais il n'en fut rien. Mes muscles maxillaires avaient oublié comment faire. Il a fallu les réexercer. Je n'arrivais même plus à faire passer une cuillère entre mes lèvres.

De même, il y a quelques années, effrayé par le nombre de genoux brisés que j'avais croisés au hasard des rencontres de méditation et des forums divers, j'ai décidé de commencer à pratiquer des exercices de yoga destinés à assouplir mes hanches, afin de soulager mes genoux lors des périodes de Zazen. En effet, ainsi que l'expliquait une enseignante de yoga dans un article que j'ai traduit et illustré, ce ne sont pas les genoux qui doivent plier mais l'articulation du fémur et du bassin. Je suis, depuis mon adolescence quelqu'un d'assez raide, et le manque d'exercice n'a pas aidé. Je me suis donc mis à m'exercer, et ce précisément sans "me préoccuper de l'échec apparent (et quotidien, parfois)," ce qui m'a permis d'améliorer considérablement ma posture et l'aisance de m'y tenir.

Il y a donc ici un certain paradoxe. Je me dois de donner raison à mon interlocuteur, mais de constater que j'ai quand même raison. S'exercer est la réussite, certes, mais il faut s'exercer à le faire quand même jusqu'à pouvoir comprendre pourquoi ça l'est. S'asseoir jour après jour se suffit à lui-même, mais pour cela, il faut le faire sans se préoccuper de l'échec apparent.

Mxl



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